Description
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Type: MP3 - 320 Kbps / 23 min 01
Size: 55.3 MB
NFT: #CleanNFT / Tezos
Date: 10.2022
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2007: first improvised drawing performance.
A few weeks before the live improvised drawing performance, I'm working on a sound structure intended not to help me reach a kind of trance, but rather to help me manage to keep the thread in the middle of a back and forth of feelings and to allow me to use what I know but to forget it too.
The sound structure consists of real sounds recorded and found around the performance space. The crushed sounds are considered as a sound dynamic without any search for melody.
The NFT gif is a detail of the last part (2min13) of the performance following a 1 min 47 silence (19:00 - 20:47)
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Raffaele Scolari
Extrait de l’essai « Philosophie d’une performance »
Ed.Mimesis & ELR
"Le performer Chrétien (AKA wonow) dessine ses œuvres au fusain puis, sous les yeux du spectateur qui regarde sa vidéo, il les efface avec les pieds, il les réduit à néant. Cette pratique n’a rien de nouveau : de nombreux artistes avant lui ont détruit leurs œuvres en public. Création et destruction fondues en un acte unique. Telle pratique peut rappeler la destruction rituelle que les moines bouddhistes font de leur mandala au terme de sa laborieuse création, mais à mon avis une telle référence revêt bien peu d’importance ici. […]
Le monde ne souffre pas tant que cela pour un travail jeté au feu, mais probablement, dans le malaise que suscite en nous la destruction d’une œuvre – en particulier si elle est composée d’images – se manifeste une résistance, une antique aversion, profondément enracinée, envers l’iconoclasme et ses délires. Ce geste de l’artiste qui déchire la toile est vécu comme folie furieuse, automutilation, anéantissement plus impuissant que puissant de quelque chose qui a pris forme, qui qu’on le veuille ou non a été, a eu lieu et – comme l’enseignent aussi les neurosciences – a laissé une trace.
Dans l’action artistique de wonow l’effaçage n’a pas lieu à proprement parler ; il n’est que simulé, mis en scène. Toute l’action est enregistrée en vidéo, si bien que l’œuvre passe du plan de la toile à celui de l’enregistrement digital. L’acte de créer et l’acte d’effacer ne sont donc qu’une partie : l’œuvre est complétée par sa duplication, qui d’une certaine manière devient elle-même une œuvre d’art, une œuvre vidéo.
En projection continue on voit l’artiste filmé de haut qui dessine son œuvre pour ensuite l’effacer. Tête et queue se joignent, la fin devient début et inversement, donnant lieu – en tout cas pour ce qui concerne l’apparence – à une sorte de perpetuum artistique, une rotation à vide de l’acte créatif. En termes philosophiques on pourrait dire qu’ici se déploie une mauvaise infinité : celle du toujours pareil s’additionnant au toujours pareil. Mais, comme on l’a vu, il n’en est pas ainsi, parce que l’œuvre est ce tout composé (création, destruction, enregistrement) dont nous sommes les spectateurs. Voilà pour le cadre général, extérieur, de l’œuvre. Celle-ci demande qu’on y entre, et elle le fait aussi par le fait qu’elle a introjeté et intégré sa duplication. Ce n’est pas ici une question de reproductibilité de l’œuvre d’art : l’opération technique de l’enregistrement vidéo réalise un élément qui joue comme composant du travail au même niveau que les matériaux, au même niveau que l’inquiétant acte de créer et d’effacer, au même niveau que cette sorte de danse de l’artiste tandis qu’il dessine se déplaçant d’avant en arrière sur la toile. En d’autres termes, la duplication n’est pas ce à quoi l’œuvre tend, n’est pas ce qu’elle vise.
Entrer dans l’œuvre signifie s’orienter dans les éléments qui la composent, c’est-à-dire les voir distinctement. Nous voyons la toile blanche, et puis l’artiste qui marche dessus et commence à tracer des signes. Le cadrage en plongée donne l’impression que ce qu’il dessine jaillit d’en bas, se retrouve pour ainsi dire tiré vers le haut. […] L’œuvre s’épaissit progressivement en délimitant des paysages, des parcours et des lieux incongrus et parmi eux des pauses et des fuites, des clairières et des impasses, des désirs et des cauchemars, des découvertes et des pièges.
Comme il arrive généralement en face d’œuvres d’art qui exaspèrent et supplantent la figuration, ici aussi on assiste à la production d’une sorte de graphique de l’inconscient. Si l’œuvre se limite à cela, si elle se contente de raconter la pure subjectivité qui la déclenche, alors elle échoue, elle devient acte gratuit et solipsiste.
Toute destruction, tout effaçage, tout autodafé artistique est de l’ordre du solipsisme, c’est-à-dire de l’arbitraire et du volontarisme impuissant. L’œuvre doit se raconter, raconter son propre récit, la façon dont elle se donne une forme, se déforme, s’efface."
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© 2022 wonow