Description
Philosophiquement, lire n'est pas un acte passif mais une interprétation active, une herméneutique. Inspiré par Barthes (« La mort de l'auteur ») ou Derrida (la déconstruction), lire, c’est déceler les structures, codes et intertextualités d'un « texte », qu'il soit littéraire, visuel ou social.
Dans l'art contemporain, cet acte se transpose. Le spectateur est invité à lire l'œuvre comme un langage, à en décoder les signes et références, comme chez Joseph Kosuth (One and Three Chairs). L'artiste, lui, est avant tout un lecteur du monde : il lit les archives, les flux d'informations, les paysages. Enfin, chez des artistes comme Jenny Holzer ou Lawrence Weiner, l'intégration du texte est totale : le mot devient l'œuvre, forçant le passage de la contemplation à l'interprétation littérale.
Dans ce cadre, comment un artiste peut-il matérialiser ce processus ? Mon projet répond à cette question par une démarche hybride qui incarne ce cycle de lecture et de réécriture en faisant dialoguer peinture, histoire de l'art et animation numérique.
Ma démarche prend la forme d'un palimpseste hybride, une archéologie de strates où chaque couche réécrit la précédente.
1. L'Hypotexte – L'Écho de Van Gogh : La strate fondatrice est la toile de Van Gogh, un texte premier non pas copié mais lu et déconstruit via une triple interprétation (gauche, centrée, inversée). Cette structure mime le processus intellectuel : lecture, pensée et écriture. Bien qu’effacée, cette couche demeure le spectre qui hante l’œuvre.
2. La Strate Mémorielle – L'Acrylique Vivante : La deuxième couche est une relecture physique. La peinture acrylique est photographiée encore fraîche. Le geste est crucial : il ne s’agit pas de documenter une œuvre finie, mais de capturer la mémoire de la matière vivante, créant un pont entre l'hommage historique et l'intervention numérique.
3. L'Hypertexte – La Sur écriture Numérique : La peinture et l'animation numériques forment la couche supérieure, un hypertexte dynamique. L'animation, un « GIF » contemplatif, manifeste le cycle infini où chaque « écriture » devient une nouvelle « lecture » potentielle. Cette strate finale transforme l'œuvre en un objet double : une toile physique unique et une image numérique infiniment reproductible, mêlant le geste ancestral à l'immatérialité contemporaine.
Conclusion : L'Œuvre comme Hypertexte Vivant
Ce projet est la démonstration pratique du triptyque « Lire, Penser, Écrire ». Il n'est pas un simple hommage mais un dispositif actif. Si l'art contemporain invite à lire l'œuvre comme un texte, ce palimpseste la propose comme un hypertexte.
Le spectateur est invité à une navigation non-linéaire. Son regard « clique » à travers les couches : il traverse la surface animée du numérique pour atteindre la texture de l'acrylique, et de là, percevoir le fantôme conceptuel de Van Gogh. Chaque strate est un nœud de sens activé par l'acte même de regarder.
La Xanthopsia (la vision en jaune) devient le manifeste de cette expérience : apprendre à voir différemment. L'œuvre provoque une « vision augmentée », où l’on perçoit simultanément l'histoire de l'art, le geste physique et l'empreinte de son code symbolique. Ce code est une chimère : non généré par une machine, mais écrit à la main comme un rite cunéiforme, ancien et hermétique. C'est la trace d’un langage numérique rêvé qui ancre l'immatériel dans un geste profondément humain.
Ainsi, l'œuvre n'est plus un texte clos à déconstruire, mais un système ouvert et vivant. Elle prouve que l'art, par cette recherche radicale, ne cesse de se faire, de se défaire et de se refaire, activé à chaque nouveau regard.
Hommage à Van Gogh:
« Portrait d'Alexander Reid »
dans la collection Fred Jones Jr. Museum of Art
Version digital hybride :
2160 x 3840 px / 4K MP4 / 116 Mo / 8 fps / 1/1 édition
Hommage à Van Gogh:
« Portrait d'Alexander Reid »
dans la collection Fred Jones Jr. Museum of Art
Version digital hybride :
2160 x 3840 px / 4K MP4 / 115 Mo / 8 fps / 1/1 édition